C’est une hausse de cette ampleur du climat moyen de la planète qui a fait fondre très lentement le glacier du Wisconsin, qui couvrait tout le nord de l’Amérique il y a 13 000 ans. Et il est certain à plus de 90 % que cette hausse anticipée du climat n’est pas d’origine naturelle : elle est donc attribuable pour l’essentiel aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, indique le projet de rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC).
Ce quatrième bilan scientifique sur l’évolution du climat, dont Le Devoir a obtenu copie (version du 27 octobre adressée aux » décideurs » de la planète), sera débattu cette semaine à Paris par la communauté scientifique internationale avant d’être approuvé et divulgué officiellement vendredi prochain par l’ONU. Deux autres volets de cette synthèse scientifique quinquennale seront publiés par la suite, l’un en avril, portant sur les impacts de ce réchauffement, et l’autre en mai, sur les possibilités d’adaptation et de neutralisation des changements climatiques en cours.
Ce dernier bilan du GIEC confirme ce que Le Devoir publiait en septembre dernier, soit que la totalité des modèles mathématiques prédisent que la température de la planète devrait, au cours du présent siècle, être au minimum de 33 % plus élevée que le prédisait le dernier rapport de l’ONU, en 2001. En effet, le GIEC prévoit que la température mondiale augmentera au moins de 2 °C au XXIe siècle alors que le dernier rapport situait cette hausse minimale à 1,5 °C. La fiabilité des différents modèles mathématiques mis à contribution indique par contre que la hausse maximale ne devrait pas dépasser les 4,5 °C alors qu’on pensait qu’elle pourrait atteindre 6 °C, selon le rapport de 2001. Ce resserrement de la fourchette traduit surtout un accroissement de la précision des modèles.
L’intérêt de ce nouveau rapport réside aussi dans le fait que le GIEC détermine le degré de fiabilité ou la probabilité d’occurrence de plusieurs de ses constats et prévisions, un énorme progrès par rapport aux anciennes conclusions, souvent qualifiées de simples hypothèses par les détracteurs des changements climatiques. C’est ce qui permet par exemple au GIEC de conclure qu’il est certain à plus de 67 % de voir la hausse de la température du globe tripler au cours du XXIe siècle, passant de 1 °C pendant le XXe siècle à 3 °C au-dessus du niveau de l’ère préindustrielle (avant 1750).
De nouveaux constats
Le GIEC base ses prévisions d’évolution du climat sur des mesures empiriques confirmées par des centaines d’études et des milliers de chercheurs partout dans le monde.
- Les concentrations de dioxyde de carbone et de méthane dans l’atmosphère terrestre dépassent à ce point celles de l’ère préindustrielle qu’il faut remonter 650 000 ans en arrière pour en trouver l’équivalent. Ces concentrations sont passées de 280 parties par million à 379 ppm en 2005. Les émissions annuelles de dioxyde de carbone (CO2) sont quant à elles passées de 6,4 gigatonnes (Gt), ou milliards de tonnes, pendant les années 90 à 7,2 Gt au cours de la période 2000-05. Quant aux concentrations de méthane, 22 fois plus dangereuses pour le climat que le CO2, elles sont passées de 717 ppt (parties par trillion) à 1774 ppt en 2005. La croissance de ces émissions ralentit depuis 1993 mais l’essentiel demeure d’origine humaine. Quant aux oxydes d’azote, des GES qui contribuent aussi aux pluies acides, ils sont passés de 270 ppb (parties par milliard) à 319 ppb, le tiers étant attribuable aux humains et aux activités agricoles.
- L’impact des émissions humaines sur le réchauffement dépasse de cinq fois celui des variations solaires, ce qui clôt une querelle scientifique entretenue par le lobby du pétrole pour disculper les GES associés aux combustibles fossiles.
- Onze des douze dernières années se retrouvent parmi les 12 années les plus chaudes depuis 1850 mais l’effet d’ » îlot urbain « , un phénomène associé à la chaleur accrue des grandes métropoles, a un impact négligeable sur le réchauffement planétaire comparativement aux GES.
- La température moyenne des océans a augmenté jusqu’à des profondeurs atteignant les trois kilomètres, ce qui pourrait éventuellement atteindre les milliards de tonnes d’hydrates de carbone qui dorment à grande profondeur sur le lit de certains océans. Le GIEC se dit actuellement incapable d’évaluer la rétroaction qui proviendrait de la libération de ce méthane solidifié sur le fond des océans, tout comme aucune étude ne peut mesurer avec précision l’effet de rétroaction de la libération du méthane et du dioxyde de carbone emprisonnés dans le pergélisol, dont la température moyenne s’est accrue de 3 °C.
- Le réchauffement du climat a jusqu’ici gonflé la masse d’eau des océans de 1,8 mm par année entre 1961 et 2003 et, depuis la fin du XIXe siècle, ce réchauffement a gonflé les mers de 17 centimètres en moyenne. La fonte des glaciers et du couvert neigeux des régions nordiques a pour sa part contribué à relever le niveau des mers de 0,5 mm par an pendant cette période.
- Les températures de l’Arctique ont augmenté deux fois plus vite que celles des autres parties du globe. Les mers arctiques ont perdu 2,7 % de leur surface par décennie, avec des pics de fonte atteignant jusqu’à 7,4 % en été.
- Les précipitations se sont intensifiées globalement en Amérique du Nord et du Sud, dans le nord de l’Europe et de l’Asie ainsi qu’en Asie centrale. Par contre, de graves sécheresses ont frappé le Sahel, la Méditerranée, le sud de l’Afrique et certaines parties de l’Asie.
- Le nombre de journées et de nuits froides a diminué sur la planète alors que celui des journées et des nuits plus chaudes a sensiblement augmenté en fréquence. Les climatologues n’arrivent cependant pas à déterminer si les changements climatiques ont accru la fréquence des tempêtes et des ouragans tropicaux, un débat qui demeure ouvert. Par contre, leur intensité accrue semble liée au réchauffement du climat. Globalement, d’après ce qu’indiquent les études paléoclimatiques, le GIEC se dit certain à plus de 90 % que le dernier demi-siècle a été le plus chaud des 500 dernières années et affirme être sûr à plus de 67 % que ce demi-siècle est aussi le plus chaud des 1300 dernières années.
Dernières prévisions du GIEC
- Même si la planète revenait au niveau d’émissions de GES de l’an 2000 — ce qu’elle dépasse déjà allégrement —, le climat continuerait de se réchauffer pendant encore 20 ans au rythme de 0,1 °C par année en raison de l’énorme inertie des masses océaniques. Les prévisions du premier rapport du GIEC, en 1990, se sont d’ailleurs réalisées malgré l’imperfection des modèles prévisionnels de l’époque : alors qu’on prévoyait une hausse allant de 0,15 °C à 0,3 °C par décennie, les scientifiques ont enregistré une hausse du climat moyen de 0,2 °C par décennie. Mais si les émissions de GES continuent au rythme actuel, les modèles prédisent de façon extrêmement consensuelle qu’on doublera d’ici 2030 la hausse de 1 °C enregistrée au cours des 100 dernières années.
- Les émissions d’origine humaine prévues au cours du présent siècle contribueront activement à réchauffer le climat et à relever le niveau des mers pendant encore 1000 ans en raison de la lenteur du système climatique à éliminer ces gaz à effet de serre et à rétablir un nouvel équilibre planétaire.
- Les modélisateurs du climat estiment qu’il est » très probable » (plus de 90 % de probabilité) qu’on assiste à un ralentissement de 25 % des grands courants océaniques d’ici la fin du siècle. Mais les experts ne pensent pas qu’il en résultera un refroidissement — on pense généralement qu’il en sera ainsi en Europe — parce que le réchauffement global compensera, voire dépassera la perte de chaleur attribuable à l’arrêt de la grande » courroie » océanique, dont le Gulf Stream fait partie.
- L’accélération du réchauffement climatique pourrait entraîner une fonte des glaces accumulées sur le Groenland et l’Antarctique qui, si elle se produisait, pourrait forcer à la hausse de 10 à 25 % toutes les prévisions du GIEC.
- L’accumulation croissante de dioxyde de carbone dans les océans provoquera leur acidification, ce qu’aucune autre activité humaine n’avait réussi jusqu’ici, avec, on l’imagine, d’énormes impacts sur les organismes vivants qui en dépendent, comme les coraux, sans oublier les humains qui en tirent leur subsistance.
- Les surfaces actuellement enneigées de la planète seront réduites dans une proportion liée à l’intensité du réchauffement, tout comme les chercheurs prévoient un dégel progressif du pergélisol, du moins dans les couches supérieures, dans la plupart des pays de la couronne circumpolaire.
- En se raréfiant, les glaces des régions nordiques vont réduire la capacité réfléchissante de la planète, ce qui fera du même coup augmenter la température des océans, désormais exposés aux rayons solaires pendant de long mois.
- Les canicules extrêmes vont augmenter en nombre et en intensité, tout comme les précipitations vont devenir plus fréquentes et plus sévères, une prévision jugée certaine à plus de 90 %. Le nombre de cyclones tropicaux devrait par contre diminuer, mais leur intensité va augmenter. Les routes empruntées par ces tempêtes vont se déplacer vers le nord, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour le Canada, qui est pour l’instant seulement touché par la queue de ces tempêtes.
- Plusieurs modèles mathématiques estiment qu’il faut absolument réduire les émissions cumulatives de GES au cours du siècle actuel si on veut éviter d’enclencher une rétroaction qui permettrait au climat de s’emballer et d’échapper à tout contrôle. Si les humains parvenaient à stabiliser le climat d’ici 2100, le GIEC prévoit que l’inertie du système engendrerait néanmoins une hausse additionnelle de 0,5 °C au cours du prochain siècle. Dans ce scénario de stabilisation, le niveau des mers s’élèverait quand même de 33 à 80 centimètres. Il faudrait plusieurs siècles pour qu’un abaissement contrôlé du climat permette de réduire progressivement ce gonflement des mers, surtout dans les couches profondes.
- Si la fonte du Groenland devait se poursuivre au-delà de 2100, ajoute le rapport de l’ONU, ce couvert de glace de près de deux kilomètres d’épaisseur en son centre provoquerait une hausse du niveau des mers de sept mètres étalée sur un millénaire. L’état de la planète ressemblerait alors à ce qu’il était il y a 125 000 ans, pendant ce qu’on appelle l’interglaciaire.
- L’Antarctique devrait conserver son couvert de glace, du moins pour l’essentiel, conclut le GIEC. On pense même que son couvert pourrait s’accroître en hauteur en raison de l’augmentation prévue des précipitations. Par contre, il pourrait y avoir une réduction de la masse nette des glaces antarctiques si la fonte dépassait les apports en surface.
8 juillet 2009
2 Commentaires sur "Réchauffement climatique – L’ONU prévoit de 2°C à 4,5°C de plus au XXIe siècle"
On September, the 2nd
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Email : IPCC-Sec@wmo.int
Ladies and gentlemen,
I would be very interested by your scientifically and philosophically argumentative answer to the following question :
« In an universe, where EVERYTHING is in a perpetual movement, which is the UNIQUE cause of the unceasing transformation of all the things of our world, human beings included, HOW it would be possible to definitively stabilize anything, and thus to establish on the planet a custom-made climate for eternity ? »
Only when you will give a credible answer to this question, i.e scientifically demonstrated, the human beings will cease to be handled – but until proof of the contrary, it’s not for to-morrow !
Up to there, I inform you, that I am always waiting for an answer on the same question to my letter addressed to Nicolas Sarkozy on September the18 th 2008, and to Jean-Louis Borloo on January 20th 2009.
However, in the expectation of your own answer, I thank you for your attention.
Yours sincerely
C’est incroyable tout ce qui est possible de faire pour refroidir la planète.
En Europe les plus grandes dépenses en énergies proviennent du secteur de l’habitat.
Alors plutôt que de chercher des solutions hallucinantes, nous pouvons tous agir chez nous en isolant notre maison, en économisant l’énergie,…en ayant des comportements raisonnés en quelques sortes
Les maisons passives et autres concepts fleurissent et offrent des solutions de plus en plus intéressantes pour gérer correctement nos ressources.
Réagissez Maintenant !